Foulard de soi

22:05


J'ai perdu mon petit foulard noir. Celui que je porte sous mon manteau sarcelle, pour me tenir au chaud lors des journées si fraîches de l'automne. Je l'ai probablement oublié au restaurant où nous déjeunions, le Loup et moi, trop occupée que j'étais à me perdre dans le bleu de ses yeux, dans la douceur de son sourire ou dans les accents chauds de sa voix.

Je l'ai très certainement égaré, mais j'ai tout de même espéré. Espéré que c'était lui qui l'avait volé pour voler un peu de mon odeur. Pour emporter avec lui, dans les quelques grammes de ce tissu fin, mon essence... Et alors que je laissais mon imagination vagabonder sur les rondeurs de cette fantaisie purement imaginaire, un souvenir est remonté, petite bulle qui éclate et qui m'inonde de chaleur. 

Dans une autre vie, il y eut un homme qui était fou de mon odeur. Il me disait souvent qu'il adorait quand je passais une soirée dans son lit, puisque le souvenir olfactif de mon passage persistait dans ses draps et l'accompagnait jusqu'au matin.

Il avait l'habitude de me déshabiller et de coller son corps chaud contre le mien... Un soir, je portais autour du cou un foulard tissé qui était très doux et dont les multiples couleur s'agençaient à merveille avec plusieurs de mes tenues. Lorsqu'il a retiré la fine écharpe que je portais autour du cou, mon parfum a embaumé sa chambre. Comme si mon foulard l'avait emprisonné et qu'en l'enlevant, il avait fait fleurir l'air autour de nous. Je m'en souviens, parce qu'il a pris une grande inspiration. Je me souviens aussi du baiser qu'il a plaqué sur ma bouche immédiatement après. Je me souviens de mon souffle court et de mes jambes molles...

Je me souviens que plus tard, très tard, quand l'heure de m'arracher à son lit fut cent fois dépassée, j'ai voulu reprendre mon foulard pour le nouer à mon cou, mais il m'en a empêchée. Il voulait s'endormir ivre de mon odeur...

Une semaine ou deux plus tard, quand les dernières traces de mon parfum se furent complètement évaporées, il a voulu me le rendre. Mais comme je tendais la main pour qu'il l'y dépose, il m'a fait un clin d'oeil, puis a saisi mon poignet, dirigeant ma main vers son entre-jambe... Je ne sais quelle idée il avait en tête, mais le soupçon de malice qui brillait dans son oeil et le relief que je sentais sous mes doigts me faisaient croire que j'allais apprécier...

Et je ne fus pas déçue... Il m'a invitée à m'asseoir au bord du lit, a fait tomber son pantalon, puis son sous-vêtement. Devant moi, sa queue dressée. Sa queue que j'aimais tant sucer et toucher... J'eus à peine le temps d'esquisser un mouvement dans sa direction qu'il m'en a empêchée, d'un signe de la main. Je devais rester où j'étais et regarder...

Puis il a repris mon écharpe, l'enroulant autour de sa hampe dressée... Et cet écrin soyeux, il l'a fait glisser le long de son sexe... Quand j'ai compris, j'ai relevé les yeux vers lui... Il m'a souri, hochant la tête en signe d'approbation...

Cette nuit-là, je suis repartie de chez lui, l'odeur de son plaisir autour du cou... J'en ai longuement savouré les effluves dans les mailles de l'étoffe.

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13 commentaire(s)

  1. Tu sais que je t'adore, toi.
    Merci d'être une amie si dévouée, attentionnée, honnête, charmante, drôle et magique.
    Merci, la vie, d'avoir mis cette fabuleuse personne sur mon chemin!
    Je n'ai pas trop de cerveau disponible pour te faire une jolie tournure de phrase ou un jeu de mot touchant, mais je t'aime.
    ;)
    Et continue d'écrire. Toujours, toujours.

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  2. Mon Dieu, vous avez encore réussi à ...
    malgré les circonstances. J'aimerais tant à la fois m'enivrer de votre fragrance et vous faire cadeau de celle de mon plaisir en pensant à vous ...

    Merci, bel Ange

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  3. Princesse des mille et une nuits > Tu le sais, j'espère, que je t'adore tout autant. Et tu sais aussi, parce que tu es une auteure, toi aussi, que l'on ne se débarrasse jamais de l'envie d'écrire. Elle reste parfois longtemps endormie, mais elle est toujours là...

    ELOGE > Je porte votre désir de moi comme des traces invisibles qui fleurissent dans mes yeux et dans mon sourire. Merci à vous...

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  4. Je ne suis pas vraiment un grand fan des Prix surtout des prix Elle (sexistes à souhait), mais bon, j'ai mes réticences de côté et malgré un choix cornélien, j'ai voté pour vos mots et votre langue.

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  5. CUI > Je ne connais pas beaucoup le magazine, pas plus la version française que la version québécoise... Mais bon, j'ai trouvé flatteur l'intérêt que l'on pouvait porter aux quelques modestes mots que je pose ici... Merci pour cet intérêt, qui est un peu, aussi, le vôtre. :)

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  6. "Si je porte à mon cou
    En souvenir de toi..."
    Voilà qui me rappelle une chanson!!!!
    Bises!

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  7. Lilly > Je ne connaissais pas cette chanson. C'est étrange comme ses mots résonnent ici, dans ma vie. C'est pour moi une émouvante découverte. Merci.

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  8. Je découvre, et j'aime beaucoup vos mots. L'illustration du parfum y est si bien représentée... Moi qui suis une Dame des Senteurs, je vous dis, chapeau, ou plutôt, foulard!

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  9. Amelancholia > Je vous remercie. Je suis également très sensible aux odeurs. J'ai longuement cherché LE parfum... Je crois bien avoir trouvé celui qui me convient...
    Bienvenue ici.

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  10. Maurice Fanon avait lancé ses mots autour de la soie d'un foulard qu'elle portait, étendart de doux souvenirs et de vous à toi, il n'y eu qu'un pas et deux lèvres baisèrent deux autres lèvres, pas dans l'instant, non, seulement quelques jours plus tard.
    Souvent ce foulard rouge à poids noirs vient virevolter, se souvenir, embellir mes nuits, donner à ma journée un air de gaie nostalgie...
    C'était en 1968, d'aucuns révolutionnaient leurs vingt ans, j'étais amoureux d'un foulard rouge et noir, je ne l'ai jamais revue, j'en rêve parfois encore... et maudit le plus jamais ça !
    Vos mots ouvrent des portes, ils sont doux, ont la clarté d'un ruisseau, vifs mais contenus, ils ne débordent pas, pas encombrants non, on aime à les garder, à les relire, les retrouver, s'y pavanner, s'y étendre, s'endormir avec eux dans l'espoir d'en rencontrer l'auteur(e) au détour d'un méandre, d'une page qui se tourne, d'une phrase qui laisse en suspend ses trois points à la ligne, le fil et le bouchon flottant sur l'onde claire et rafraîchissante d'une bien belle histoire.
    Bien littéralement
    DS

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  11. DS > Vos mots sont légers et caressants. Il se posent ici au moment où les miens se font rares et trop peu à la hauteur de ce que je voudrais écrire. Et si vous saviez combien il peut être bon de savoir que mes trop rares égarements littéraires sont appréciés. Merci. Vraiment.

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  12. "Si je porte à mon cou, en souvenir de toi, cette écharpe de soie que tu portais chez nous..." Oui, une chanson de Maurice Fanon... "L'écharpe" .... Une chanson qui me revient en mémoire à cause de votre beau texte....

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  13. Lilly > Je ne connais malheureusement pas la mélodie, mais la poésie des mots me charme...

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